Le crime du comte Neville – Amélie Nothomb

crimecomte« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »

Amélie Nothomb sait écrire, nous emporter dans son univers décalé. Ce roman est fidèle. Dans une Belgique partagée entre la vieille noblesse et le monde contemporain, le comte Neville doit vendre son château, c’est la ruine. Il invite toute la noblesse du coin pour fêter ça comme il se doit. C’est sans compter sur la prédiction d’une voyante, et d’une fille taciturne pour l’aider à commettre ce jour de fête le meurtre parfait.
Le style est parfait, l’auteur est juste, le roman ni trop court, ni trop long, est suffisant. Parfait. Amélie Nothomb nous régale encore une fois avec une histoire impeccablement maîtrisée. On notera le clin d’oeil à l’une de ses passions, le champagne.
Un très bon roman qui avec son écriture fluide, se lira en un dimanche après-midi, pour un superbe plaisir de lecture.

Le fils du concierge – Ménis Koumandaréas

filsconcierge« Il s’appelait Zissis ; c’était le fils d’un concierge du voisinage. Un grand gars pataud avec les cheveux huileux, et moi je devais faire de cet escogriffe une créature ornée d’une brosse de porc-épic. Naguère, je me souviens, c’était un enfant réservé, poli, toujours premier à l’école ; de ce temps-là il m’appelait Monsieur. Maintenant c’était Evri tout court. Dans ses yeux s’était allumée une lueur curieuse ; il voulait, paraît-il, être un homme – comme si quelqu’un y avait fait obstruction. »

Cette courte nouvelle se déroule chez un coiffeur. Un jeune homme est en train de se faire couper les cheveux alors qu’un vieillard entre et le prend pour son fils disparu tragiquement des années plus tôt. Le coiffeur, un homme qui entend tout dans le quartier, est là, entre eux deux, à voir se dérouler le contact et l’histoire d’un des deux hommes sous sa forme la plus pathétique.
Cette nouvelle fait partie d’un ensemble plus grand, et il est regrettable de ne pas profiter de l’oeuvre complète de l’auteur en une seule fois pour pouvoir apprécier et juger par la suite.
C’est bien écrit, les personnages, qui passent rapidement sont attachants, et en quelques mots, l’auteur nous décrit des caractères poignants.
Très contemporain, cette vie quotidienne d’un quartier est intéressante, cette immersion paraît sincèrement réelle.
Une nouvelle bien écrite, trop courte, s’inscrivant dans un projet plus important et dont on a malheureusement qu’une infime partie, mais dotée d’une écriture fluide et vivante.
Je remercie Babelio et les Editions Esperluète pour ce partenariat.

A la grâce des hommes – Hannah Kent

algracedeshommesDans le nord de l’Islande, en 1829, Agnes Magnúsdóttir est condamnée à mort pour l’assassinat de son amant, Natan Ketilsson. En attendant que la sentence soit exécutée, Agnes Magnúsdóttir est placée en résidence surveillée à Kornsá, dans la ferme de l’agent de sécurité du canton, Jon Jonsson, avec sa femme et leurs deux filles. Horrifiées à l’idée d’héberger une criminelle, les membres de la famille évitent tout contact avec Agnes, qui leur inspire autant de peur que de dégoût. Seul Totti, le jeune révérend que la meurtrière a choisi comme guide spirituel pour la préparer à sa fin prochaine, tente de la comprendre. Alors que les mois passent, contraints de partager le quotidien, de travailler côte à côte cette terre gelée et hostile, le fermier et les siens se laissent peu à peu apprivoiser par la condamnée. Encouragée par le pasteur, Agnes livre le récit de sa vie, de son amour pour Natan, et des semaines qui ont conduit au drame, laissant entrevoir une vérité qui n’est pas forcément celle que tous pensaient connaître. Inspiré de la véritable histoire d’Agnes Magnúsdóttir, la dernière femme condamnée à mort en Islande, A la grâce des hommesest un roman sur la vérité, celle que nous croyons savoir et celle à laquelle nous voulons croire.

A la grâce des hommes est le premier roman de Hannah Kent. Il se déroule dans l’Islande du XIXème siècle et raconte les derniers mois d’une femme, Agnes, condamnée à mort, et vouée à vivre auprès de fermiers pendant sa détention.
Ce récit est un témoignage romancé de la dernière personne à avoir été mise à mort en Islande. Une femme accusée du meurtre d’un homme et qui doit, faute de moyen, vivre avec une famille qui ne l’aime pas, la craint et la repousse.
Au fil des pages, Agnes se révèle être une personne extrêmement attachante, qui raconte sa vie et les faits simplement, auprès du révérend et de la maîtresse de maison. Le récit est touchant. Au delà du roman, l’auteur nous décrit les conditions de vie des Islandais et particulièrement les fermiers du XIXème siècle. La vie est rude et les hivers difficiles. La mort est omniprésente et pourtant la vie est belle, magnifique.
La vie de tous les jours se fait dans la promiscuité avec les habitants de la ferme, le couple mais aussi leurs filles. Il apparaît que les Islandais sont accueillants, travailleurs et heureux, malgré la misère. En revanche, il est choquant de découvrir l’appartenance d’une servante à son maître, qui a le droit de s’opposer à son mariage par exemple. L’époque permettait certainement ce genre de réaction, que nous retrouvons malgré tout de nos jours dans d’autres régions du monde. Mais dans l’ensemble, les Islandais ont l’air d’être des gens très respectueux des autres, et la condition féminine avait l’air d’être en avance sur son temps.
Les différents personnages qui gravitent autour d’Agnes sont les membres de la famille et le révérend. Il est facile d’arriver à se les représenter autant physiquement que sur le plan psychologique.
Enfin, l’écriture de l’auteur est fluide sans lourdeur.
C’est une très belle histoire qui se raconte dans ses pages, bien qu’elle finisse de manière tragique, c’est un bel hommage à la dernière condamnée à mort en Islande.
Je remercie Babelio et Presses de la cité pour ce partenariat.
babelio

Pétronille – Amélie Nothomb

petronille« Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans. »

Dans ce court roman, Amélie Nothomb se met en scène. Elle romance une liaison amicale avec Pétronille, une rencontre faite lors d’une dédicace et qui dure plusieurs années.
Mais en réalité, l’auteur nous propose l’apologie du champagne car dès les premières pages, nous comprenons finalement qu’elle force le destin de cette rencontre pour avoir une partenaire de « beuverie », non pas pour devenir des buveuses décadentes, mais plutôt sophistiquées.L’écriture de Nothomb fait le reste. Elle est efficace, incisive et surtout juste. Le récit se lit avec une grande aisance, malgré l’absence d’une vraie histoire, l’auteur nous promène dans sa vie et nous fait partager des moments, qui sont sans aucun doute, inoubliables, d’une grande complicité et d’une profondeur d’âme rarement égalée.
Un très bon roman qui ravira certainement tous les lecteurs d’Amélie Nothomb pour son style hors pair.

Acide sulfurique – Amélie Nothomb

acidesulfuriqueUne satire impitoyable de la violence télévisuelle et des jeux de télé-réalité qui prend pour décor… un faux-vrai camp de détention nazi. Un roman de politique-fiction plutôt audacieux…
 

Imaginez que les camps de concentration deviennent un jeu de télé-réalité. Des gens se font arrêter et sont envoyer dans un camp pour y travailler et mourir. La production paye des kapo pour y faire régner l’ordre. Tout ça sous l’œil bienveillant de centaines de caméras. Comment les prisonniers peuvent réagir face à tant de souffrance, de violence et de bêtises.

Acide sulfurique est un roman comme Amélie Nothomb sait les faire. Elle prend du recul sur un événement, le modifie, le remodèle et nous le sert avec sa sauce. Elle prend plaisir à torturer psychologiquement ses personnages.

On y trouve le refus du laxisme avec lequel les gouvernements se sont laissés aller devant autant d’atrocités, c’est la critique de la culture moderne qui à son apogée est au plus profond, de la société décadente qui se plaît à regarder des gens souffrir derrière leur écran, sans état d’âme. On y trouve aussi le récit assez cruel des pauvres gens, à qui on a volé jusqu’à leur nom, et qui face à l’adversité commune, continue comme l’homme sait si bien le faire, à se retourner les uns contre les autres.

Les personnages sont caricaturés et pourtant si réels, de la kapo bête et méchante à Pannonique, qui se considère comme Dieu pendant un temps, au public abruti derrière son écran, ou alors, la caricature n’existe pas. Ces gens étudiés dans un lieu et un événement terribles se comporte le plus simplement, en faisant ressortir uniquement ce qu’ils ont de plus profond, parce que le reste n’est que futilité dans des conditions extrêmes.

L’écriture est efficace, fluide, alternant courtes descriptions et dialogues, Amélie Nothomb nous emmène dans son univers si particulier, décalé dès les premières pages pour nous lâcher, presque à bout de souffle, au point final. Le roman est court et va à l’essentiel sans se perdre.

Un roman qui pousse la réflexion plus loin. Un roman qui demandera au public un peu plus de discernement que celui qui regarde ce genre d’émissions, qui peut la critiquer tout en la cautionnant de par sa présence derrière l’écran. Je dois en faire partie, j’ai lu son roman, trouver abject les tortures, mais j’ai continué jusqu’à la dernière page, parce que j’ai aimé le lire, finalement, je suis comme tout le monde.

Le pantin de l’impasse – Ron Dorlan

lepantinUn roman noir, engagé dans une spirale de remords, de paranoïa et de suspicion. Les bonnes intentions du narrateur l’entraînent irrévocablement vers une issue fatale, dont ses proches ne décèlent pas les symptômes. Le récit nous plonge dans les affres psychologiques d’un homme seul confronté aux caprices d’une petite fille, et tourmenté par le regard des autres sur la situation qu’il s’est créée.

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercies Les Agents Littéraires et L’Harmattan pour ce partenariat.
Georges est un trentenaire célibataire qui les week-ends venus passent les soirées à s’enivrer avec son groupe d’amis dans les bars. Ce trio accueille Jean-Jean, un gamin de dix-sept ans. Mais dans un accident tragique, il meurt, et laisse une mère ivrogne avec sa petite soeur Cathy. Georges, altruiste, propose de prendre la petite fille chez lui, pour soulager la mère. Mais rapidement, les soupçons des gens l’assaillent, en tout cas, il le pense. Que peut faire un homme de trente ans accompagné d’une fillette de neuf ans dont il n’est ni le frère ni le père et qui clame haut et fort qu’ils se marieront quand elle sera grande ?
Le récit démarre sur une lettre, celle de Cathy, la petite fille recueillie par Georges alors qu’elle est devenue une femme. Puis suit le journal écrit en une seule de Georges sur sa vie avec Cathy et enfin une lettre termine ce roman. Bien que ce récit est une fiction comme le précise l’auteur, il n’en reste pas moins étrangement crédible, comme l’aveu d’un homme qui passe à l’acte. Georges essaie tant bien que mal à garder une vie normale malgré les regards d’autrui. Il essaie même de justifier ses premières pulsions par la pression tacite des amis et des badauds qu’ils croisent en compagnie de cette fillette. Finalement, malgré les faits horribles relatés à la fin du roman, les personnages sont réellement attachants. Cette petite fille, presque une femme, manipulatrice et jalouse, face à cet homme, aux activités adolescentes, qui masque sous son visage d’ange, un esprit qui se défit avec lui-même, ou la part du démon tente de faire surface, est repoussé malgré ses assauts, qui perd des batailles, et perd la guerre.
L’auteur arrive avec un sujet épineux et dangereux à proposer un récit intéressant dans lequel un homme se bat avec ses pulsions pour une petite fille, le regard pesant des autres, et cette Cathy femme-enfant, s’insinuant dans sa vie et balayant tout sur son passage.
L’écriture est juste, fluide et sans lourdeur, menant le récit d’un bout à l’autre avec beaucoup d’énergie pour tenir le lecteur face à un thème difficile.
Je remercie  Les Agents Littéraires et L’Harmattan pour ce partenariat.
agentslitte

Stupeur et tremblements – Amélie Nothomb

stupeurAu début des années 1990, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l’implacable rigueur de l’autorité d’entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie sociale au pays du Soleil levant.
D’erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu’au rang de surveillante des toilettes, celui de l’humiliation dernière. Une course absurde vers l’abîme – image de la vie –, où l’humour percutant d’Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne.
Entre le rire et l’angoisse, cette satire des nouveaux despotismes aux échos kafkaïens a conquis un immense public et valu à l’auteur d’Hygiène de l’assassin le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999.

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercier Partage Lecture et Rue aux Livres pour ce partenariat.

Stupeur et tremblements raconte l’expérience de l’auteure au Japon dans une grande entreprise au service comptabilité. L’univers de l’entreprise y est décrit ici avec les yeux d’une européenne. Arrivée à son poste, elle est soumise à des tâches ingrates et se retrouvent très rapidement à devoir faire le service du café. Elle tente de se rendre utile, mais l’esprit d’initiative au pays du soleil levant est très mal perçu. Loin de la mentalité occidentale, Amélie Nothomb se confronte aux dogmes ancestraux et incompréhensibles pour les « blancs » que nous sommes.

Le récit ne traite que son séjour professionnel au Japon, à aucun moment il ne sera fait mention de sa vie privée, mais l’année qu’elle passe au sein de cette entreprise défile rapidement, pour elle, comme pour nous, lecteurs pris dans son tourbillon de déboires.

L’écriture est enthousiaste, faisant ressortir sa passion, presque son idolâtrie pour ce peuple et ses coutumes. Elle avoue à demi-mot son attirance pour sa supérieure hiérarchique, une belle femme, grande et mince, au visage angélique, capable des jouissances les plus avilissantes – elle rétrograde Amélie au rang de nettoyeuses de chiottes, mais jamais elle ne ressent de la haine, toujours à pardonner et à l’aimer, amicalement bien sûr.

La fluidité du récit comme la facilité de la lecture est un atout important de la réussite de ce roman. Stupeur et tremblements mérite son prix, l’auteure sa renommée. A lire, à découvrir, un moment d’incompréhension de deux personnes, de deux peuples, hilarant.

Je remercie Partage Lecture et Rue aux Livres pour ce partenariat.

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Petits suicides entre amis – Arto Paasilinna

petitsuicidesUn beau matin, Onni Rellonen, petit entrepreneur dont les affaires périclitent, et le colonel Hermanni Kemppainen, veuf éploré, décident de se suicider. Le hasard veut qu’ils échouent dans la même grange. Dérangés par cette rencontre fortuite, ils se rendent à l’évidence : nombreux sont les candidats au suicide. Dès lors, pourquoi ne pas fonder une association et publier une annonce dans le journal ? Le succès ne se fait pas attendre. Commence alors, à bord d’un car de tourisme flambant neuf, une folle tournée à travers la Finlande. Parmi la trentaine de suicidaires de tous poils qui s’embarquent pour l’aventure : un joyeux boute-en-train et un vieux lapon sympathique et retors, éleveur de rennes, qui voient là une issue inespérée à leurs infortunes. Un périple loufoque mené à un train d’enfer, des falaises de l’océan arctique jusqu’au cap Saint-Vincent au Portugal. L’occasion aussi d’une réflexion férocement drôle sur le suicide.

Ce roman commence quand un entrepreneur ayant fait faillite à de multiples reprises souhaite se suicider. Il marche dans la campagne et découvre la grange idéale pour réaliser le dernier geste. Mais alors qu’il fait le tour de cette grange, un colonel de l’armée essaye au même instant de s’y pendre. Le premier sauve le deuxième de ce geste fatal. Après ces péripéties, ils se posent chez l’entrepreneur et discutent, se découvrant des points similaires et une envie commune, aider les suicidaires du pays à réaliser le geste d’une manière plus orthodoxe.
Le récit démarre tranquillement, avec une pointe d’humour, non pas moqueuse, mais plutôt fataliste, comme si de toute façon tout était écrit mais parfois comme si la vie nous donnait encore toute les ressources pour tenir.
Le texte donne au lecteur de quoi réfléchir en même temps sur l’acte qui en somme paraît assez irréfléchi. Le périple des suicidaires démontrent malgré tout que lorsque la vie semble bouchée, sans avenir, il y a toujours une solution. Ce voyage permet à ce groupe hétéroclite de découvrir d’autres façons de vivre en traversant l’Europe.
L’écriture est fluide et franchement sympathique, toujours avec des termes très guillerets et bourrée d’anecdotes assez comiques.
En somme, le récit est bien écrit, original et présente une sorte de thérapie aux suicidaires. Pour cela, il faut un bus et quelques dingues pour rigoler et trouver ailleurs ce qui nous permettra d’avancer.

Là-haut, tout est calme – Gerbrand Bakker

lahautHelmer van Wonderen vit depuis trente-cinq ans dans la ferme familiale, malgré lui. C’est Henk, son frère jumeau, qui aurait dû reprendre l’affaire. Mais il a disparu dans un tragique accident, à l’âge de vingt ans. Alors Helmer travaille, accomplissant les mêmes gestes, invariablement, machinalement. Un jour, sans raison apparente, il décide d’installer son vieux père au premier étage, de changer de meubles, de refaire la décoration de la maison. Le besoin de rompre la monotonie de sa vie et l’envie de mettre fin à ce face-à-face presque silencieux avec un homme devenu grabataire le font agir, plein de colère retenue. Les choses s’accélèrent le jour où il reçoit une lettre de Riet lui demandant de l’aide : Riet était la fiancée de son frère. Elle fut aussi à l’origine de son accident mortel…
En se mettant dans les pas d’un paysan du nord de la Hollande qui, à cinquante-cinq ans, comprend qu’il n’est pas trop tard pour combler ce manque qui le ronge, l’écrivain néerlandais évoque avec une grande force le désir humain de maîtriser sa vie et d’accéder à une forme de vérité intérieure. À la fois précise et poétique, l’écriture de Là-haut, tout est calme entraîne le lecteur dans une inoubliable quête de bonheur.

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercier BoB et les éditions Folio pour ce partenariat.

« Là-haut, tout est calme » est l’histoire d’Helmer, un éleveur des Pays-Bas d’une cinquantaine d’années, vivant avec son père, un vieil homme grabataire, dans la ferme familiale. Helmer s’occupe des animaux et de son père, avec un certain fatalisme, comme s’il se sentait obligé de le faire alors qu’il souhaiterait inconsciemment faire autre chose. Mais il ne se plaint pas, ne se sent pas malheureux non plus.

Un jour, il décide de dépoussiérer cette vie qui s’enlise dans l’ennui. Il change les meubles de place, rafraîchit les murs avec une peinture bleue, change sa literie sur les conseils de sa voisine, puis arrive une lettre. Une lettre qui refait revenir Helmer plus trente ans plus tôt, à la mort de son frère jumeau.

Gerbrand Bakker nous offre une histoire avec beaucoup de poésie. On ressent dés les premières pages ce calme routinier, quotidien, d’une vie ennuyeuse au travail, rythmée uniquement par les saisons. Le poids familial est important aussi, la mort du frère, le père malade, pèse sur les épaules du personnage principal. De cette lassitude, seul ce coin perdu des Pays-Bas le vit car l’auteur nous emmène lentement dans la peau d’Helmer, avec une belle écriture, avec fluidité, et sans ennui. Des souvenirs d’enfance nous racontent son passé, pour mieux comprendre son présent, mené dans une tranquillité patiente. Un paysan dans une quête du bonheur. Un roman paisible, magnifique. A lire absolument…

Je remercie BoB et Folio pour ce partenariat.

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A contresens – Tom Liehr

contresensTim Köhrey, orphelin, passe une enfance trop tranquille au sein d’une famille d’accueil anesthésiée, dans la banlieue de Hanovre. Pour lui, la vraie vie va enfin commencer à l’été 1980, à l’aube de son adolescence, quand sa famille déménage. Tim se retrouve plongé dans un Berlin-ouest en pleine effervescence, battant au rythme de l’amitié, de la musique, du grand amour. Mais il va finir par tout perdre, en une fraction de seconde. Ce n’est qu’au millénaire suivant que Tim, DJ désabusé à la recherche du bouton rewind, cesse de se laisser porter par la vie et décide de partir à sa rencontre… quitte à prendre parfois quelques contresens. Un roman pop, doux amer et sans temps mort, sur les occasions manquées, les rêves mis de côté et le besoin de changer de vie.

Avant de commencer cette chronique, je remercie BoB et Asphalte pour ce partenariat.

Tout au long de ce roman qui nous place dans la peau de Tim, nous découvrons la jeunesse puis l’adolescence, et enfin l’âge adulte d’un allemand des années 80 jusqu’à nos jours. Tim n’est pas gâté par la vie, il perd ses parents très jeune, et est placé dans une famille d’accueil apathique. Dans la peau de Tim, nous vivons son adolescence, avec ses joies, ses humeurs, ses peines. Et très vite, il se laisse aller, la vie le menant, le ballotant, pour se poser dans un endroit un peu perdu, dans une existence molle. Jusqu’à ce point de l’histoire, on se laisse transporter facilement tellement l’écriture est facile, l’auteur nous faisant aimer ce Tim comme nous-même.

Puis Tim revient à Berlin pour reprendre en main sa vie. Et j’avoue que j’ai eu énormément de mal à lâcher le livre tellement je voulais savoir ce qu’il allait découvrir, quelles décisions il comptait prendre.

Un très bon roman que je recommande vivement de lire.

Je remercie BoB et Asphalte.

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