Dans la maison de l’autre – Rhidian Brook

danslamaisonHambourg, 1946.
Après la défaite des forces de l’Axe, le pays est en ruines et la nation brisée. Lewis Morgan, colonel de l armée britannique est chargé de superviser les opérations de reconstruction de ce territoire dévasté et de « dénazification » de la population. Ses supérieurs réquisitionnent à son intention une belle demeure sur les bords de l’Elbe, où son épouse, Rachael, et son fils Edmund vont bientôt le rejoindre.
Refusant de mettre les propriétaires allemands un veuf et sa fille traumatisée à la porte de chez eux, Lewis insiste pour que les deux familles partagent la maison. Dans cette ambiance oppressante, inimitiés et hostilités vont laisser place à un sentiment plus fort encore : la passion…

Ce roman se déroule dans l’Allemagne d’après-guerre. Détruite, ravagée, les Forces Alliées contribuent à sa reconstruction. Le peuple allemand est soumis aux Etats-Unis, à l’Angleterre, aux Français et aux Russes. C’est dans ce contexte que le colonel Morgan, gradé britannique, arrive en Allemagne. Il va être installé avec sa famille dans une maison habitée par ses propriétaires, les Lubert. Morgan laisse une partie de la maison à Lubert pour cohabiter, persuadé que c’est en fraternisant que l’Allemagne pourra se reconstruire.

Tiré d’une expérience familiale similaire, l’auteur nous propose ici un récit magnifiquement écrit, laissant la part belle aux sentiments mitigés de deux peuples ennemis destinés à devenir amis.

Le colonel Morgan est un homme de guerre, mais humain, qui souhaite donner sa chance à un peuple fier de son pays mais honteux des événements tragiques qui le balayèrent pendant une décennie. Tous les personnages qui vont tourner en orbite autour de Morgan, sa femme, son fils, Herr Lubert et sa fille, ont tous un passé chargé. S’y mêlent amour et haine, déception, déchirement, mais aussi espoir. De ces situations quelques peu étranges vont naître des idylles, de la compassion pour ces rescapés, une mère qui a perdu son fils, ou une fille qui a perdu une mère, de l’incompréhension à cause d’une langue et d’une culture différente puis un rapprochement.

Ce roman traite aussi de la dénazification de l’Allemagne, de ces interrogatoires, de la considération de ce peuple soumis (répétition du terme pour faire ressortir ce sentiment d’infériorité qu’ont eu les Allemands après la guerre) face aux vainqueurs, de la faim, du froid, et du pillage par les Alliés des œuvres et richesses du pays. Tous les maux dont l’Allemagne nazie a été accusée à juste titre sont retrouvés au même titre chez les occupants, les colons alliés. Spoliation, considération du peuple comme obligatoirement mauvais ou inapte.

Ce roman ose remettre de l’ordre dans l’Histoire avec un grand H. Il nous prouve aussi que le sentiment qui domine l’homme c’est la peur, la peur de l’autre, de l’inconnu, mais aussi l’amour. Heureusement qu’il a existé des personnages comme ce colonel Morgan, qui, comme des petites fourmis ont œuvré à reconstruire une nation.

Ce roman se dévore pour son histoire, pour son style fluide, pour l’espoir, celui de savoir qu’il y aura toujours des bonnes âmes.

Ce roman a été lu dans le cadre de l’opération On vous lit tout en partenariat avec Le Furet du Nord et Libfly.

onvouslitout

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Tout ce qui est solide se dissout dans l’air – Darragh McKeon

toutcequisedissoutDans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins. Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture et tente de faire oublier son passé de dissidente. Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s’étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé. Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières lueurs de l’aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante. Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer. Le monde ne sera plus jamais le même.

Moscou, 1986. La vie suit son cours. Entre travail et peur, une catastrophe se prépare. La centrale nucléaire de Tchernobyl a eu un accident, mais la population n’est pas prévenue. Un virtuose du piano qui a neuf ans vit les événements de Moscou, sa mère et sa tante travaillent et préparent une grève. Son oncle, éminent chirurgien est envoyé la-bas pour aider les malades.
Ce roman est une immersion dans l’union soviétique des années 80 au moment de la catastrophe nucléaire que tout le monde en Europe a vécu avec effroi. On y découvre la peur, la délation, la frustration et la haine. Cette période est sombre et difficile. Le sentiment qui ressort de ce roman est l’étroite ressemblance avec un roman écrit il y quelques décennies, à la fin des années 40, 1984. Le sentiment d’être constamment observé, mettant sous tension chaque citoyen jusqu’au point de rupture, est effrayant.
Les personnages sont pour la plupart assez effacé par rapport au jeune homme de neuf ans. En retrait parce qu’expérimentés, ou plutôt usés par le système, alors que le jeune garçon a toute la vie devant lui, doit apprendre encore.
L’écriture est un peu ardue dans les premières pages, donnant le sentiment de buter parfois, puis se fluidifie au fur et à mesure du récit. L’histoire se tasse vers le milieu et n’arrive pas à se relancer. Le dernier chapitre qui retrace rapidement la vie des personnages de 1986 jusqu’à nos jours déçoit par sa simplicité.
Ce roman est intéressant pour son immersion dans cette époque mais l’avis reste mitigé quant à l’histoire et les personnages trop neutres et manquant de passion.
Je remercie Babelio et Belfond pour ce partenariat.

babelio

Alice au pays des merveilles – Lewis Carroll

alicepaysPar un jour d’été 1862, sur les berges de la Tamise, un jeune professeur d’Oxford, poète et mathématicien, improvise un conte pour distraire les trois fillettes d’un de ses amis. Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, est en train d’improviser « Alice au pays des merveilles ».

Assise au bord de la rivière, Alice s’ennuyait un peu quand soudain, venu de nulle part, surgit un lapin blanc pressé de regagner son terrier. N’hésitant pas à le suivre, Alice pénètre dans un monde de prodiges et de menaces qui n’est autre que le royaume de l’enfance. Et voici le chat de Cheshire à l’étrange sourire, la terrible Reine de cœur, le Chapelier fou et le Lièvre de Mars, la Fausse Tortue et le Valet-Poisson…

Un siècle et demi plus tard, ce monde enfantin et absurde, surréel et symbolique, est resté le nôtre.

Le livre présente dans sa préface une courte biographie de l’auteur, Lewis Carroll, qui est loin d’être reluisante et dont je ne me serais jamais douté. Doté d’un esprit de création prolifique, Lewis Carroll était rongé d’une maladie mentale des plus horribles pour ses petites victimes. L’histoire retiendra ses œuvres, maintes fois adaptées, mais qui me laisse, à moi, un certain sentiment de dégoût avant même de commencer la lecture de son conte. C’est donc avec un effort de ma part pour éviter les a priori et avoir l’esprit critique le plus objectif possible que j’ai lu Alice au Pays des Merveilles.

Alice assise aux côtés de sa sœur voit passer un lapin blanc. Elle décide de le suivre dans son terrier et découvre un monde sous terre fait d’animaux qui parlent et de cartes à jouer qui prennent vie

Ce conte s’adresse principalement aux enfants. Le vocabulaire ainsi que l’histoire s’y prête énormément, mais en tant qu’adulte, vous pourrez y prendre plaisir aussi. C’est un univers merveilleux où se côtoient les rêves les plus insensés d’une petite fille. Des animaux qui conversent, chantent ou récitent des poèmes sont le fruit d’une imagination débordante couplé à un sens de l’humour enfantin, l’histoire raconte tout simplement un rêve sans queue ni tête. L’auteur, pour accrocher son auditoire fait de petites filles, joue avec les mots, modifie les vers des poèmes connus et traditionnels en Angleterre, dans le but d’amuser.

Une écriture soignée et un effort de traduction intéressant et travaillé, raviront même les enfants. Une courte œuvre onirique et comique qu’il faut lire au moins une fois…