Midnight Movie – Tobe Hooper

midnightmovieUn réalisateur de films d’horreur, nommé Tobe Hooper, assiste à la projection de son premier film lors d’un festival de seconde zone. Ce film « perdu », écrit et réalisé par Tobe lorsqu’il n’avait que quinze ans, n’a jamais été projeté en public, et lui-même n’en a aucun souvenir.
Mais très vite les spectateurs sont victimes de phénomènes étranges, effrayants, à la limite du surnaturel… Leurs amis sont eux aussi touchés. Et les amis de leurs amis… Le phénomène se propage à toute vitesse, et les cadavres s’accumulent dans l’Amérique entière. Tobe comprend alors que pour arrêter cette épidémie, il devra remonter aux origines de ce film maudit, un film qu’on n’aurait jamais dû projeter à minuit.

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercier Bibliofolie et Michel Lafon pour ce partenariat.

Midnight Movie raconte à la manière d’un entretien individuel avec les protagonistes et des éléments recueillis sur Internet – messagerie, blog… – les événements tragiques que l’on appelle le « Game ».

Tobe Hooper, génial réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse, est invité à un festival à Austin au Texas pour visionner sa première réalisation, faite pendant son adolescence, et récupéré on ne sait comment par un individu un peu bizarre, Dude McGee.

Pendant la représentation, que tout le monde s’accorde à dire que c’est une sacré « merde », les spectateurs sont pris d’une envie irrépressible de violence physique ou de pulsions sexuelles démesurées.

Dans la ville, puis dans le pays, et enfin au niveau mondial, des événements étranges surviennent alors, incendies, attentats, accidents… Nous lisons en quelque sorte le compte rendu de l’origine et de la nature de ces événements.

Comme l’explique Tobe Hooper, un bon film d’horreur, c’est de l’horreur, parce que les gens payent pour avoir peur, et du sexe. Et Midnight Movie ne déroge pas à la règle. Il y a du sexe, du gore et un peu d’humour pour faire passer le tout. C’est savamment mélangé pour nous faire passer un très bon moment de lecture. Tout d’abord, il est vrai que la couverture est attirante, donne envie d’aller plus loin, et dès les premières pages on est immédiatement pris et c’est difficile de le lâcher. Ensuite, c’est très bien écrit, alliant dialogue et description facilement, il est aisé de lire des dizaines de pages sans s’en rendre compte.

Le suspense – oui, il y en a un petit peu dans les films d’horreur – est dosé correctement pour ne pas tomber dans le zombie-cri-sang habituel, et ne pas nous faire perdre le fil de l’histoire. La première partie concerne le festival et les premiers cas, la deuxième partie traite des multiples cas rencontrés dans le pays, et la troisième partie relate les investigations du réalisateur et des autres survivants pour élucider le mystère du « jus bleu ».

Les dernières pages, comme la dernière scène d’un bon film d’horreur, laisse présager d’une suite même s’il n’y en aura pas. Tous les ingrédients du bon film d’horreur sont présents dans ce roman. Comme pour Massacre à la tronçonneuse, que vous aimiez ou pas, il faut au moins le voir une fois. Midnight Movie est un roman à lire pour son genre différent, au moins une fois, pour connaître, que vous aimiez ou pas. Pour ma part, adepte du classique de Tobe Hooper, j’ai adoré Midnight Movie.

Je remercie Bibliofolie et Michel Lafon pour ce partenariat un peu gore.

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L’ordre du Chaos 1. Jérôme Bosch – Perez, Ricaume et Geto

ordrechaos1D’après une vision d’Eusébius, la fin du monde dépendra de la faute d’un seul homme qui, porté par des siècles de jeu politique, sera parvenu à régner en maître absolu. Dérégler l’apocalypse annoncée, tel sera dorénavant le but d’Eusébius et celui de l’Ordre du Chaos, une secte qu’il a créée, et dont la mission sera de veiller à l’équilibre du monde en influant sur six hommes de pouvoir.

Premier tome d’un série qui se promet d’être très intéressante et prometteuse. Jérôme Bosch est le peintre du Roi Philippe le Beau pour qui il doit peindre Le Jugement Dernier. C’est par le talent et la folie du peintre que la secte créée par Eusébius tente de détrôner le bon Roi. Le scénario est assez  bien ficelée et les rebondissements sont assez désarmants. J’espère une suite bien plus passionnante malgré tout.

Quant au graphisme, le dessin est magnifique, l’expression des visages est magnifiquement bien rendue, certaines cases sont tout simplement superbes, et je me surpris à arrêter la lecture pour m’évader dans les yeux du peintre alors qu’il descend aux enfers. Les couleurs sont bien travaillées. Nous sommes à la fin du Moyen-Age, les bâtiments sont sales, le sol est boueux, et le travail à ce niveau est vraiment bien réalisé. L’ambiance imprègne le lecteur de par la qualité de ce graphisme.

En somme, une bonne bande dessinée qui ravira ceux qui sont à la recherche d’un graphisme exceptionnel.

J’ai un ado… mais je me soigne – Olivier Revol

jaiunadoIls râlent, fonctionnent à deux à l’heure, ne rangent pas leur chambre, refusent les tâches ménagères, n’obéissent plus, passent trop de temps au lit ou devant leur ordinateur ou avec leurs amis, etc. La liste des reproches que les parents peuvent faire à leurs ados est longue. C’est à ces parents que s’adresse le Dr Olivier Revol, pédopsychiatre et spécialiste des adolescents. Avec humour et une expérience de première main, J’ai un ado… mais je me soigne vous apprendra à prendre du recul, repérer les situations à risque, rétablir la communication en période de crise et, surtout, à aider votre adolescent à réussir ce passage de l’enfance à l’âge adulte.

Voilà, tout est dans le titre. Vous êtes parents, d’un adolescent, la plaie quoi !!! Ce livre bien construit est là pour vous rassurer, vous permettre de voir que finalement, vous êtes plutôt un bon parent et que votre bonhomme de 14 ans n’est pas pire que les cas présentés, mais qu’il est comme tous les autres adolescents, un emmerdeur gentil.
Le livre se lit facilement et de manière très fluide. C’est un atout indéniable d’avoir l’avis d’un médecin sans en avoir le jargon pesant.
Mais je peux utiliser ce billet pour pousser une gueulante. Voilà, les enfants surdoués, appelés ensuite précoce (papa d’un enfant précoce confirmé par deux psychologues), et maintenant HPI, pour Haut Potentiel Intellectuel. Encore une fois, je lis les mêmes problèmes survenant du corps enseignant. De par mon expérience personnelle, avec plus de quinze ans en tant qu’élève, et ayant trois enfants scolarisés, j’ai entendu de multiples remarques, les mêmes que les parents de ces ados en difficultés. Voilà, il y en a marre de ces profs qui ne comprennent rien, qui n’ont pas grandi (ils sont tout de même toujours à l’école), et qui sont finalement des gens bêtes (pas tous mais faut croire que l’éducation nationale les sélectionne sur le FPI pour faible…). Marre d’entendre dire qu’il devrait avoir des 20 partout, marre d’entendre qu’il devrait comprendre qu’ennuyer les autres quand il a terminé son devoir en quatre minutes au lieu de quarante ce n’est pas normal, marre d’entendre qu’il devrait travailler même s’il s’ennuie… voilà, c’était mon coup de gueule parce qu’encore une fois, et à plusieurs reprises, nos enfants qui passent leur journée au collège ou au lycée ne sont pas des enfants compris, alors que tout est possible et mis en place pour les élèves en grosse difficulté (et dans le lot j’imagine facilement qu’il y a quelques HPI non décelés, malheureusement).Merci pour ce livre docteur, et merci de nous rassurer.

Tintin 3. Tintin en Amérique – Hergé

tintinameriqueDans « Tintin en Amérique » (1932), le héros confirme sa vocation de redresseur de torts, en s’opposant au mafioso Al Capone, aux gangsters de Chicago et aux fripouilles de tout accabit. Déjà Hergé témoigne d’une vision généreuse du monde, stigmatisant par exemple l’attitude dominatrice des blancs envers les indiens peaux-rouges.

Tintin en Amérique est le troisième tome de la série créée par Hergé. Après avoir mis en déroute dans le précédent épisode un projet de trafic de diamants, le petit reporter est envoyé aux Etats-Unis, et plus précisément à Chicago, pour stopper les agissements frauduleux du plus célèbre gangster, Al Capone. Dés les premières cases, nous sommes face à des clichés encore une fois assez déroutants. La question est assez simple, comment un petit blanc à houppette, efféminé et accompagné d’un ridicule chien, pourrait prétendre renverser le roi de la pègre ? La réponse est encore plus simple, avec beaucoup de chance. Car Tintin ne doit son salut qu’à la chance, entre le bandit qui lui tire dessus, le gaz soporifique ou les haltères qui flottent, Tintin se retrouvent à chaque fois dans des situations dangereuses dont il s’en sort avec facilité grâce à un coup du destin bienheureux. Et parfois, Milou, son fidèle compagnon, le sauve in extremis, un peu comme l’inspecteur Gadget est secouru par sa nièce. Nous faisons face encore une fois au racisme envers les minorités que sont les Indiens d’Amérique et les noirs, mais le petit reporter est moins « virulent » que dans son précédent voyage au Congo, laissant les attaques verbales aux américains.

Quant au graphisme, Hergé améliore son dessin et certaines cases sont intéressantes. J’ai particulièrement apprécié quand il passe d’une fenêtre à l’autre. Hergé essayait de donner du rythme à ses bandes dessinées en essayant de trouver des alternatives au niveau de la mise en page de ses cases.

Tintin est peut-être un classique de la bande dessinée, mais son voyage en Amérique n’est pas le meilleur qu’il ait fait.

Les ailes noires de la mort – R.A. Salvatore

lesailesnoiresUn tueur peut-il s’offrir le luxe d’avoir une conscience ? Le célèbre tueur Artémis Entreri, ancien ennemi juré de Drizzt Do’Urden, a fait son chemin à Calimport. D’intrigues en machinations, il est devenu le maître occulte de la cité, jusqu’à l’arrivée du Drow Jarlaxle et de ses mercenaires, sortis des tunnels d’Ombre-Terre pour s’enrichir à la surface. D’abord alliés, Artémis et Jarlaxle ont vite trouvé la ville trop petite pour deux gredins de leur envergure. Une rivalité larvée qui ne les a pas empêchés de développer une étrange amitié… Tout change quand Jarlaxle entre en possession de l’Eclat de Cristal, une relique magique qui pervertit insidieusement l’esprit de son détenteur. Sous son influence, le chef des Drows, victime de la folie des grandeurs, menace de détruire la toile de pouvoir patiemment tissée par Entreri. Répugnant à exécuter son « ami », Artémis décide de s’en prendre à l’Eclat de Cristal. La première erreur de sa vie… qui risque d’être la dernière ?

Les lecteurs de Fantasy connaissent certainement la série des Royaumes Oubliés dont ce livre fait partie ou LanceDragon. Un univers où héroïsme et magie font bon ménage. Généralement, ces romans se lisent aisément, avec un certain plaisir, même si quelques-uns sont à peine moyens, mais dans l’ensemble, nous aimons retrouver nos personnages préférés dans de nouvelles aventures.

Ce roman, quant à lui, est totalement différent. C’est une offense aux lecteurs et plus particulièrement à ceux qui suivent la série depuis de longues années. Il n’est pas moyen, il n’est pas mauvais, il est très médiocre. L’histoire est d’une nullité jamais égalée avec des rebondissements complètement foireux. Le niveau est très très bas. Autant, je n’hésite pas à vous conseiller tel ou tel roman, autant là, s’il y a bien un roman à brûler, c’est bien celui-ci. L’auteur ne nous avait pas habitué à tant de mauvais goût. Certains paragraphes sont totalement incompréhensibles. En somme, vous l’aurez compris, et il ne sert à rien de s’étendre, le titre est nul, la couverture est nulle, ce roman est nul. Vous êtes prévenu.

Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ? – Ioànna Bourazopoùlo

lafemmedelothUn cataclysme a englouti l’Europe du sud et le Moyen-Orient et Paris est devenu un port méditerranéen. Du côté de la Mer Morte, frappée à nouveau quarante siècles après la disparition de Sodome et Gomorrhe, la terre s’ouvre et un mystérieux sel violet en jaillit. Son goût et ses propriétés en font une denrée indispensable à tous, qui se vend à prix d’or.
Voilà un roman « bizarrissime » : le monde qu’il décrit, situé dans un avenir non précisé, est à la fois agressivement moderne —, dominé par une multinationale toute-puissante, la Compagnie — et violemment archaïque. Dans la Colonie lointaine, l’absence de la technologie moderne nous ramène plus d’un siècle en arrière.
De la science-fiction régressive, en quelque sorte.
À moins que cette histoire ne nous emmène, sans le dire, au cœur du présent ?
Elle nous décrit une société totalitaire, organisée à l’extrême, fondée sur le mensonge et la terreur…
D’un côté, à Paris, un personnage minuscule, solitaire, dépressif, affronte un monstre anonyme, la Compagnie, en un combat feutré. De l’autre, dans l’effroyable Colonie, cinq forcenés se déchirent, pantins ridicules dans un déluge de péripéties démentes, sanglantes et absurdes. C’est grotesque et sinistre. Drôle et désespéré.
La femme de Loth, livre ahurissant, roman d’aventures à l’humour grinçant, parabole sur la folie de notre monde actuel et de l’horreur économique.

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercier Babelio et Ginkgo Editeur pour ce partenariat.

Le roman se déroule dans une Europe post-apocalyptique, où la mer méditerranée arrive aux portes de Paris, où le sel est devenu une denrée aussi chère que l’or, et où une société totalitaire, la Compagnie, domine des colonies dans des conditions de vie archaïques. Le gouverneur d’une de ces colonies qui extraient du sel décède, et les quelques aristocrates, nommés par le gouverneur lui-même, n’ayant pas d’autre moyen de communication, écrivent aux haut dignitaires de la Compagnie pour rendre compte de ce décès et peut-être se prémunir d’une rétrogradation sociale prochaine. Et dans le même temps, nous suivons le parcours erratique à Paris de Phileas Book, créateur de mots croisés pour un journal, que la Compagnie demande à voir.

Les personnages, qui se décrivent d’eux-mêmes dans leurs lettres, sont touchants. Bien que leur passé soit des plus sombres, il n’en reste pas moins que malgré leurs défauts, leurs peur de qualité et leur manque de discernement, en font tout de même des hommes et des femmes plus vrais que nature.

L’auteure nous livre un roman écrit d’une manière originale et pour laquelle j’ai pris énormément de plaisir. Bien que le quatrième de couverture puisse paraître assez nébuleux, l’intrigue et l’histoire prennent le lecteur rapidement, dès les premières pages, et il devient assez difficile de décrocher.

Chaque lettre, mise bout à bout, conte l’histoire de la Colonie pendant une vingtaine de jours. Comment, sûr d’eux, les protagonistes vont commencer à douter, puis sombrer dans la folie. Un roman magnifique fait d’amour et de haine, de souffrance et de plaisir. Un roman différent, inclassable, un mélange des genres à lire absolument.

Je remercie Babelio et Ginkgo Editeur pour ce partenariat.

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Léon le bourdon – Antoon Krings

leonlebourdonLe grassouillet Léon fait ses provisions de pollen. Il en mange tellement que son gros derrière reste coincé dans sa porte !

Dans la collection Drôles de Petites Bêtes, Léon le Bourdon est certainement  le personnage le plus présent. Il apparaît n peu partout et avoir un épisode consacré uniquement à ce dernier est un vrai plaisir. Léon est un Bourdon qui ressemble énormément à Winnie l’Ourson mais en plus ronchon. Il mange tellement qu’il n’arrive plus à sortir de sa maison et c’est Mireille l’Abeille avec qui il avait précédemment désagréable qui vient le sortir de ses ennuis. L’intérêt dans cette histoire, c’est que le personnage principal est considéré pour ce qu’il est réellement, un vilain bourdon grognon, et par son sale caractère il n’arrive pas à obtenir ce qu’il souhaite. Et donc, uns histoire intéressante couplée à des illustrations bien réalisées aux belles couleurs en font un petit livre incontournable.

Petits suicides entre amis – Arto Paasilinna

petitsuicidesUn beau matin, Onni Rellonen, petit entrepreneur dont les affaires périclitent, et le colonel Hermanni Kemppainen, veuf éploré, décident de se suicider. Le hasard veut qu’ils échouent dans la même grange. Dérangés par cette rencontre fortuite, ils se rendent à l’évidence : nombreux sont les candidats au suicide. Dès lors, pourquoi ne pas fonder une association et publier une annonce dans le journal ? Le succès ne se fait pas attendre. Commence alors, à bord d’un car de tourisme flambant neuf, une folle tournée à travers la Finlande. Parmi la trentaine de suicidaires de tous poils qui s’embarquent pour l’aventure : un joyeux boute-en-train et un vieux lapon sympathique et retors, éleveur de rennes, qui voient là une issue inespérée à leurs infortunes. Un périple loufoque mené à un train d’enfer, des falaises de l’océan arctique jusqu’au cap Saint-Vincent au Portugal. L’occasion aussi d’une réflexion férocement drôle sur le suicide.

Ce roman commence quand un entrepreneur ayant fait faillite à de multiples reprises souhaite se suicider. Il marche dans la campagne et découvre la grange idéale pour réaliser le dernier geste. Mais alors qu’il fait le tour de cette grange, un colonel de l’armée essaye au même instant de s’y pendre. Le premier sauve le deuxième de ce geste fatal. Après ces péripéties, ils se posent chez l’entrepreneur et discutent, se découvrant des points similaires et une envie commune, aider les suicidaires du pays à réaliser le geste d’une manière plus orthodoxe.
Le récit démarre tranquillement, avec une pointe d’humour, non pas moqueuse, mais plutôt fataliste, comme si de toute façon tout était écrit mais parfois comme si la vie nous donnait encore toute les ressources pour tenir.
Le texte donne au lecteur de quoi réfléchir en même temps sur l’acte qui en somme paraît assez irréfléchi. Le périple des suicidaires démontrent malgré tout que lorsque la vie semble bouchée, sans avenir, il y a toujours une solution. Ce voyage permet à ce groupe hétéroclite de découvrir d’autres façons de vivre en traversant l’Europe.
L’écriture est fluide et franchement sympathique, toujours avec des termes très guillerets et bourrée d’anecdotes assez comiques.
En somme, le récit est bien écrit, original et présente une sorte de thérapie aux suicidaires. Pour cela, il faut un bus et quelques dingues pour rigoler et trouver ailleurs ce qui nous permettra d’avancer.

Lucyloo et les arpenteurs de songe tome 1 – Chris Debien et Ysha

lucyloot1Imaginez… Imaginez la voûte d’un gigantesque dôme de cuivre surplombant les eaux laiteuses d’un bassin ouvragé… Imaginez d’étranges silhouettes trapues avançant dans la lueur glauque de la pièce… Une élégante créature moulée de Syntex ébène s’enfonce dans l’eau…

Bienvenue sur les pas de Lucyloo, bienvenue à l’aune du Grand-Songe !

Comme ses consoeurs de Lab-0, la ville dédale, elle est un Arpenteur de Songe, chargée de récupérer des perles d’Oeniria garantissant l’équilibre des rêves. Quand un Haut-Rêvant s’éveille, révélant une menace sourde, commence son aventure.

Un monde onirique aux volutes Art Nouveau, des dolls charmeuses et insouciantes projetées dans un monde tragique : passez derrière le miroir des rêves…

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercie Babelio et Aqua Lumina Editions pour ce partenariat particulier dont l’objectif était de mettre, pour une fois n’est pas coutume, en avant la bande dessinée.

Lucyloo est un arpenteur de songes de Lab-0 et récolte des perles d’Oeniria pour le compte de Lord Absenthe. Normalement les arpenteurs de songes n’ont aucun contact avec le Grand Extérieur mais Lucyloo reçoit des messages d’un inconnu. De plus, elle rêve du Grand Extérieur. Lucyloo se sent différente et pour ne pas éveiller les soupçons, bien que ses amies soient au courant, continue son travail jusqu’au jour où… Impossible d’en dire plus, il faudra la lire pour le découvrir. J’imagine que Matrix a certainement influencé le scénariste pour certains aspects de la base de l’univers.

Lucyloo est une bande dessinée qui assimile le manga et le genre très contemporain pour nous proposer un mélange très intéressant. Le scénario écrit par un ancien d’un magazine de jeu de rôle que j’ai beaucoup lu adolescent, Casus Belli, est assez bien ficelé, même si j’avoue parfois que je trouvais certains passages un peu nébuleux. Les illustrations sont magnifiques alliant un dessin manga à un style Burtonnien (comprendre inspiré de Tim Burton) si je puis me permettre. Un beau dessin comportant de superbes planches. J’ai juste le regret de ne pas les avoir admirées en couleur, car certains passages mériteraient une colorisation pour mettre en valeur le coup de crayon de cet illustrateur de qualité. L’inspiration est flagrante autant dans le dessin que dans le scénario et le résultat est une savante mixture efficace.

Une bande dessinée hors du commun, à la limite de l’inclassable, qui ravira les adeptes du manga et les autres aussi. Un plaisir pour les yeux, les illustrations sont belles et travaillées, un plaisir pour l’esprit, un scénario original et décalé, font de ce premier opus de Lucyloo une histoire à suivre.

Je remercie Babelio et Aqua Lumina Editions.

babelio

Tout, tout de suite – Morgan Sportès

toutdesuiteVous qui entrez ici, laissez toute espérance. Ce livre est une autopsie : celle de nos sociétés saisies par la barbarie.

En 2006, après des mois de coups tordus et d’opérations avortées, une petite bande de banlieue enlève un jeune homme. La rançon exigée ne correspond en rien au milieu plutôt modeste dont ce dernier est issu. Mais le choix de ses agresseurs s’est porté sur lui parce que, en tant que Juif, il est supposé riche. Séquestré -vingt-quatre jours, soumis à des brutalités, il est finalement assassiné.

Les auteurs de ce forfait sont chômeurs, livreurs de pizzas, lycéens, délinquants. Certains ont des enfants, d’autres sont encore mineurs. Mais la bande est soudée par cette obsession morbide: «Tout, tout de suite
Morgan Sportès a reconstitué pièce par pièce leur acte de démence. Sans s’autoriser le moindre jugement, il s’attache à restituer leurs dialogues confondants d’inconscience, à retracer leur parcours de fast-foods en cybercafés, de la cave glaciale où ils retiennent leur otage aux cabines téléphoniques d’où ils vocifèrent leurs menaces, dans une guerre psychologique avec la famille de la victime au désespoir et des policiers que cette affaire, devenue hautement «politique», met sur les dents.

Indigence intellectuelle et morale au milieu de l’indigence architecturale et culturelle : il n’y a pas de mot pour décrire l’effroyable vide que la société a laissé se creuser en son sein, et qui menace de l’aspirer tout entière. Pas de mot. Il fallait un roman.

Avant de commencer cette chronique, je tiens à remercier Libfly et Fayard pour ce partenariat. J’ai eu le privilège de faire partie des rares élus pouvant lire avant l’heure ce roman Morgan Sportès, dans le cadre de l’opération Libfly/Furet du Nord.

Un fait divers qui a bouleversé la France et plus particulièrement la communauté juive il y a quelques années est romancé par un auteur de talent. Les recherches pour établir et relier tous les protagonistes et les événements ont dû être de longue haleine, mais le résultat est époustouflant de réalisme. Toute la première partie permet la compréhension de la constitution de la bande qui enlèvera et torturera le jeune juif pendant plusieurs jours avant son décès.

L’écriture est efficace, sans lourdeur, elle relate les faits simplement, de manière très crue parfois. Les personnages sont bien cernés, autant sur le plan physique que sur le plan psychologique, nous permettant de mieux comprendre le déroulement de l’enlèvement et les rouages qui l’ont mis en place.

Ce roman est une tragédie qui prend ses racines dans l’horreur humaine. Il est impossible de rester indifférent et il nous pousse à la réflexion entre chaque session de lecture. La haine la plus bête, la plus méchante, celle qui a mené des nations à se faire la guerre, transposer à un niveau individuel peut mener à la barbarie la plus ignoble. Et malheureusement, l’un des faits les plus choquants est que bon nombre de personnes sont impliquées dans cette sordide histoire et qu’aucun n’aura alerté les forces de police, du mineur au jeune adulte délinquant, mais aussi des adultes responsables, parents qui travaillent, aucun ne lèvera le petit doigt pour sauver ce jeune homme, même ceux qui se trouvent une vocation citoyenne.

A chaque page de ce roman tournée, il n’y a qu’une envie, celle de savoir comment ce jeune homme séquestré et torturé s’en sortira, à quel moment les forces d’intervention démoliront la porte pour venir le sauver, il y a toujours un espoir. La réalité est différente, nous la connaissons tous.

Un auteur qui relate des faits sobrement, un événement tragique, font de ce roman un moment de lecture particulier, qui laisse des traces.

Je remercie Libfly et Fayard.

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